Exode synodal dans l'espérance
- 5 mars 2025
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Homélie du mercredi des Cendres - 5 mars 2025
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Voici que commence pour nous le long pèlerinage de carême qui nous conduira à la joie de Pâques. Dans son message pour ce carême, le pape François nous invite à nous mettre en marche ensemble dans l’espérance. Un chemin se dresse devant nous pour ces 40 jours à venir. C’est un chemin de conversion : « Oracle du Seigneur — revenez à moi de tout votre cœur » ; chemin de privation ou de délestage dans la joie et la bonne humeur ; chemin de partage en toute simplicité et discrétion ; chemin de prière loin des bruits intérieurs et extérieurs : « retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ». Bref, nous empruntons un chemin de réconciliation : « Au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu ». Le but de ce cheminement est de nous réajuster à la volonté de Dieu. Regardez une guitare : il faut l’accorder régulièrement. Eh bien, ce temps de carême nous est offert pour nous ré-accorder pour que nous sonnions juste aux oreilles de Dieu et du monde. Pour ce faire, le Saint-Père nous propose trois orientations : 1° marcher ; 2° demeurer en union avec les autres dans un esprit synodal ; 3° garder l’espérance.
1° Marcher
Comme Israël qui s’est mis en marche pour sortir de l’Égypte et parvenir à la terre promise, nous sommes invités à cet exode de l’esclavage du péché vers la liberté de la grâce. Oui, reprenons là où nous nous sommes arrêtés, soit par fatigue, soit par démotivation. « Lève-toi et marche », dit Jésus à chacun de nous, reprends tes efforts, pose un pas après l’autre, même si tu vas lentement, avance tout de même. Le plus important n’est pas d’arriver vite, mais d’arriver tout simplement. Tu as 40 jours devant toi. Ce trajet est suffisamment long pour que tu sortes et quittes tes chaînes. C’est un saut vers l’inconnu parce que tu ne sais pas qui tu rencontreras sur le chemin. Sache seulement que le Seigneur t’y a précédé par sa grâce. Tu peux lui faire confiance. Quand Dieu a demandé à Abraham de se mettre en marche pour aller vers le pays qu’il lui indiquerait, ce dernier ne savait pas exactement ce qui l’attendait. Mais Dieu lui a dit : « C’est toi que tu trouveras ». En effet, l’expression qu’on a traduite par « Va vers le pays que je t’indiquerai » se traduit littéralement par « Va vers toi-même ». Oui, va vers toi-même ! Ainsi, tu sortiras de tes chaînes pour te retrouver toi-même en Dieu, retrouver ton vrai toi d’enfant de Dieu sauvé par le Christ. Heureusement, ta marche n’est pas aveugle, elle est orientée par le Christ. Il s’agit tout simplement de marcher derrière lui. Ton carême consiste donc à marcher à nouveau à la suite du Christ, en tant que disciple. Le pape appelle à la conversion à la marche, c’est-à-dire à être en chemin, à ne pas s’établir. Pour répondre à cet appel, voici quelques pistes que je te propose :
Reprendre son engagement au sein de l’Église, dans un mouvement ou un service ;
Faire l’expérience d’une longue marche, peut-être sur toute une journée, en affrontant des reliefs rudes ou des terrains difficiles, un peu comme si on était au désert avec Jésus, et pendant cette marche, réciter le Rosaire, faire des pauses pour lire et méditer la Parole de Dieu ;
S’intéresser à la condition de ceux et celles dont la marche s’est arrêtée aux portes de nos villes, je veux parler des étrangers, des migrants, pour aller à leur rencontre.
2° Marcher ensemble
Le pape nous rappelle la nécessité de la marche synodale, c’est-à-dire de cheminer avec les autres, pour échapper à la tentation de l’autoréférentialité. Depuis 2022, c’est l’orientation qu’il a voulue pour nos communautés ecclésiales. Il s’agit donc d’être des « tisseurs d’unité » d’« avancer côte à côte », de s’écouter les uns les autres avec amour. Car la foi ne peut pas se vivre de façon isolée ; l’avis de chacun compte. Comment faire que l’Église ne devienne pas un petit club d’amis ? Notre contexte est celui où, de plus en plus, on veut un service à la carte, où on veut se démarquer et vivre sa foi à sa façon. Finies les cantines ! C’est le temps des restaurants spirituels ! L’audience des messes télévisées explose, non pas parce qu’on a plus de personnes incapables de se déplacer qui la suivent, mais parce que depuis la situation de la COVID-19 de nombreuses personnes valides se sont laissées séduire par l’idée d’une messe loin d’un voisin gênant, une messe qu’on peut suivre pendant qu’on fait la cuisine ou répond à un appel. Et puis, il n’y a pas de quête ! C’est vraiment une formule sans engagement de notre part. De l’autre côté on célèbre les baptêmes de plus en plus loin de la communauté alors que le baptême signifie justement l’intégration dans une communauté. Le pape appelle à la conversion à la synodalité. Voici quelques propositions concrètes :
Renouer avec la participation physique aux célébrations d’Église ;
Privilégier le covoiturage, prendre d’autres personnes de la communauté dans sa voiture pour se rendre aux offices et les ramener chez elles. Chacune devra donner une participation aux frais de déplacement ;
Constituer des binômes ou des noyaux pour prier ensemble, faire le chemin de croix, réciter le Rosaire, méditer la parole de Dieu, vivre les efforts de carême...
3° Garder l’espérance
Nous pouvons retenir cette parole forte du Pape : « l’espérance est l’ancre de l’âme ». Vivre le carême dans l’espérance, c’est se rappeler qu’au bout se trouve la victoire de la résurrection. Nous ne gardons pas une mine abattue, même si nous sommes tenaillés par la faim et la fatigue, mais nous demeurons joyeux parce que nous vivons notre délivrance, notre justification. De façon plus profonde, nous sommes en marche vers notre cité, la Jérusalem céleste (Ap 21, 24 ; Ps 121). Nous avons les pieds sur terre mais nous sommes tendus vers le ciel. Ce carême est le moment pour nous de dire à Dieu notre confiance en lui et à sa promesse de vie éternelle. Pour répondre à cet appel à la conversion à l’espérance du pape, on peut concrètement :
Relire Spes non confundit, la bulle d’indiction de l’année jubilaire ;
Nourrir spirituellement son âme avec des retraites, des enseignements, des conférences spirituelles etc. ;
Réaliser les démarches jubilaires proposées par le Pape François.
Vous le constatez, frères et soeurs, si l’on veut bien vivre ce carême, on a de nombreuses options. On ne peut donc pas dire qu’on ne sait pas quoi faire. Nous allons au désert, non pas pour cuire au soleil, mais pour y planter les graines de l’espérance et les arroser de l’amour de Dieu afin que les zones arides de nos cœurs deviennent des terres florissantes. Que l’Esprit nous guide dans notre marche ensemble sur les chemins de l’espérance. Bon carême à tous !
Père Philippe Koidou-Ledoux




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