Foi et confiance
- 27 oct. 2024
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On peut être surpris de la réponse que Jésus donne à Bartimée. Alors que ce dernier cherche à retrouver la vue, Jésus lui dit : « Va, ta foi t’a sauvé ». Il lui offre plus que la guérison, le salut. C’est une façon de rappeler l’essentiel de sa mission. Même s’il fait voir les aveugles, entendre les sourds, marcher les boiteux, Jésus est venu principalement sauver l’homme. Et la condition du salut, c’est la foi, la foi en lui : « ta foi t’a sauvé ». Comme laisse entendre saint Paul, le salut n’est pas l’aboutissement de nos pratiques religieuses. Il est l’aboutissement de notre foi, c’est-à-dire de notre confiance au Christ. Oui, il est question de foi et de confiance. L’exemple de Bartimée, avant d’être un récit de guérison miraculeuse, est le récit d’une foi qui nous édifie.
« Quand il entendit que c’était Jésus de Nazareth, il se mit à crier ». Bartimée est certes aveugle, mais il entend. « Heureux ceux qui croient sans avoir vu » (Jn 20, 29). Bartimée est un exemple éloquent qui montre que la foi naît de ce qu’on entend. Il entend le nom de Jésus et cela ne le laisse pas indifférent. Ai-je l’oreille assez attentive pour entendre ce que l’Esprit dit à l’Église ? Bartimée avait certainement espéré cette rencontre et s’était promis de ne pas manquer l’occasion. En même temps, il montre aussi qu’il refusait de se complaire dans cette situation d’aveugle mendiant. On le verra jeter son manteau et une fois guéri, ne plus retourner mendier, mais suivre Jésus sur le chemin. Qu’est-ce que je fais de chaque occasion que Dieu me donne, quand j’entends sa Parole, pour me relever de mon péché, sortir de cette vie qui me bloque, qui me laisse au bord du chemin et m’empêche d’être en chemin avec le Christ ?
Les gens rabrouent Bartimée, mais il crie de plus belle. Quelle détermination, quelle force ! On va dire qu’il n’a rien à perdre. C’est sûr ! De toutes les façons, il ne peut pas voir les visages de ceux qui le rabrouent, et qui probablement le brutalisent. Parfois, nous avons besoin d’avoir les yeux fermés pour ne pas considérer les oppositions et pour ne considérer que Jésus seul : être seul avec le seul, comme dit sainte Thérèse d’Avila. La foi naît d’un coeur à coeur avec Jésus ; la foi est l’expression d’une relation personnelle avec Jésus. Mais retournement de situation, après l’avoir rabroué, la foule l’encourage : « Confiance, lève-toi ; il t’appelle ». L’attitude naturelle de la foule, c’est d’écarter les petites gens lorsqu’une personne importante passe. Mais malgré les bruits de la foule, Jésus entend les voix singulières isolées. C’est un message de confiance pour toutes ces personnes qui vivent leur foi de façon tout à fait discrète : le monde vous ignore peut-être, mais pas le Seigneur car le Seigneur entend votre cri et il vous appelle. L’évangile nous dit le nom de ce pauvre aveugle mendiant : Bartimée. Mais le nom du jeune homme riche parti tout triste, dont il était question il y a deux dimanches, est inconnu. Dieu connaît le nom de ce plus petit d’entre les hommes qui s’efforce de vivre sa foi. Quand sainte Thérèse de l’enfant Jésus vivait recluse dans son monastère, personne ne la connaissait. Mais aujourd’hui son rayonnement en fait la patronne des missions. Ignoré, rabroué, banalisé par le monde… appelé, sauvé par le Seigneur…
« Fils de David, prends pitié de moi ». Bartimée, dans son cri, établit un lien entre Jésus et David. Alors que les gens l’appellent « Jésus de Nazareth », Bartimée dit : « Fils de David ». Il fait allusion à David l’ancêtre de Jésus. Bartimée confesse donc que Jésus vient rétablir la royauté dont David demeure le symbole en Israël. Bartimée, bien qu’aveugle, avec les yeux de la foi, voit en Jésus le Messie, le sauveur annoncé par les prophètes. Est-ce que je laisse Jésus régner dans ma vie ?
« L’aveugle bondit et courut vers Jésus ». Comment il l’a fait, alors qu’il est aveugle ? Lui seul a le secret. Toujours est-il qu’il est tout enthousiaste, rempli de confiance à l’égard de cette voix qui l’appelle. Dans la foi, on n’a plus peur. Peut-être qu’on ne comprend pas tout mais on sait que plus rien ne peut nous déstabiliser parce qu’aucun obstacle ne se dresse entre Dieu et nous. C’est l’image de l’enfant qui court vers son père ou sa mère qu’il aperçoit. La foi demande un déplacement, une démarche personnelle. Si Dieu permet un écart, s’il se tient à distance, ce n’est pas pour nous éviter. Il le fait pour que nous vainquions cette distance par les pas de la foi. S’il est silencieux, c’est pour laisser la parole à l’expression de notre foi (Karl Rahner). Quand un père veut apprendre à son enfant à marcher, parfois, il lui tient les mains pour l’aider à avancer avec un support. Parfois, aussi il crée une petite distance, en étendant les bras, pour encourager l’enfant à se déplacer, de lui-même, vers son père. C’est pareil avec la foi. La foi que Dieu appelle, c’est cette foi qui avance, qui marche, qui court, qui tend vers lui : « Comme un cerf altéré cherche l’eau vive, ainsi mon âme te cherche, toi mon Dieu » (Ps 41, 2). Cela est matérialisé par la distance que nous parcourons pour aller à la messe, faire un pèlerinage, par la démarche intérieure et extérieure que nous faisons pour communier, pour vivre le sacrement de la réconciliation, etc. Et je l’ai dit : la foi est appelée par Dieu. On ne se l’attribue pas, elle est la réponse à un appel. D’où la nécessité d’avoir son coeur ouvert pour être capable d’entendre la voix du Seigneur.
P. Koidou-Ledoux





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